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Matcha et aluminium : faut-il s’inquiéter ?

Plein Souffle 25 septembre 2026

Star des coffee shops et des routines bien-être, le matcha bénéficie d’une image particulièrement vertueuse. Une enquête publiée en septembre 2026 par UFC-Que Choisir vient pourtant rappeler que boire la feuille entière n’a pas que des avantages : les sept références analysées contenaient de l’aluminium, parfois à des niveaux élevés. Faut-il pour autant ranger son fouet à matcha ?

Poudre vert vif, antioxydants à foison et réputation d’alternative plus douce au café : le matcha coche à peu près toutes les cases de la boisson santé contemporaine. Mais sa particularité (qui est, rappelons-le, de consommer la feuille de thé entière plutôt que sa simple infusion) est aussi ce qui soulève aujourd’hui quelques questions.

Le 24 septembre 2026, UFC-Que Choisir a publié les résultats de l’analyse de sept matchas vendus en France. De l’aluminium a été retrouvé dans chacun d’entre eux. Plus préoccupant : pour quatre références, une tasse quotidienne suffirait, chez un adulte de 70 kg, à dépasser la valeur toxicologique de référence actuellement retenue par l’Anses. Pour l’échantillon le plus chargé, l’exposition atteindrait presque quatre fois cette valeur.

Un résultat spectaculaire, qui mérite toutefois quelques explications avant de condamner la boisson.

Le théier, naturellement amateur d’aluminium

La présence d’aluminium dans le matcha n’est pas nécessairement liée à une contamination industrielle. Le théier, Camellia sinensis, possède naturellement la capacité d’absorber l’aluminium présent dans les sols et de l’accumuler dans ses feuilles.

Le phénomène est connu depuis longtemps. Une étude publiée en 2022, portant notamment sur cinq matchas japonais du commerce, avait mesuré des concentrations comprises entre 478 et 1 229 mg d’aluminium par kilogramme de poudre. Les chercheurs observaient également une accumulation plus importante dans les feuilles les plus âgées.

Des analyses allemandes avaient déjà attiré l’attention quelques années plus tôt. En 2019, l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) rapportait, sur trois échantillons de matcha, des concentrations allant jusqu’à 2 350 mg/kg.

La différence avec un thé vert classique est simple : une infusion laisse les feuilles dans la théière. Le matcha, lui, les fait disparaître… dans notre estomac. La totalité de la poudre est consommée, avec ses composés intéressants mais aussi les éléments qu’elle a accumulés.

Le contexte français change la lecture du risque

Pris isolément, quelques milligrammes d’aluminium ne permettent pas de conclure à un danger.

Le sujet devient toutefois plus intéressant depuis que l’Anses retient une valeur toxicologique de référence chronique de 40 microgrammes par kilogramme de poids corporel et par jour, établie notamment à partir de données concernant la neurotoxicité de l’aluminium. Pour un adulte de 70 kg, cela correspond à 2,8 mg par jour.

Or le matcha n’arrive pas dans une alimentation vierge de tout aluminium. Le métal est présent dans de nombreux aliments et boissons. Les résultats de la troisième Étude de l’alimentation totale française montrent ainsi que l’exposition moyenne des adultes atteint environ 38 µg/kg/jour, soit presque la valeur de référence. L’Anses estime que 39 % des adultes la dépassent déjà. Chez les enfants, les niveaux d’exposition sont encore plus élevés.

C’est ce contexte qui donne tout son poids aux analyses de Que Choisir. Ajouter quotidiennement un produit particulièrement riche en aluminium n’a pas la même signification lorsque l’exposition alimentaire globale est déjà proche de la valeur de référence.

Dépasser une valeur de référence ne signifie pas être intoxiqué

Attention toutefois aux raccourcis. Une valeur toxicologique de référence n’est pas une frontière entre “sans danger” et “toxique”. La dépasser ponctuellement ne signifie pas qu’un effet sanitaire va apparaître. Elle est conçue comme un repère protecteur pour une exposition répétée sur le long terme.

Autre nuance : tout l’aluminium ingéré n’est pas absorbé par l’organisme. Son absorption digestive est faible. Les données disponibles restent néanmoins beaucoup plus solides pour le thé infusé que pour le matcha, où la feuille entière est consommée.

Les connaissances actuelles ne permettent donc pas de transformer une teneur mesurée dans la poudre en prédiction précise du risque individuel.

Mais l’absence de certitude dans un sens ne justifie pas davantage l’excès de confiance dans l’autre.

Tous les matchas ne se valent pas

C’est sans doute l’information la plus utile pour le consommateur : les différentes analyses montrent des écarts considérables entre les produits. Le matcha n’est donc pas une catégorie homogène du point de vue de l’exposition à l’aluminium.

Et le label bio n’offre pas de garantie particulière sur ce point : puisque l’aluminium peut provenir naturellement du sol, une culture biologique n’empêche pas le théier de l’absorber.

Problème supplémentaire : le consommateur ne dispose généralement d’aucune indication sur la teneur en aluminium du produit qu’il achète. Difficile, dans ces conditions, de distinguer un matcha peu chargé d’un autre beaucoup plus concentré.

Alors, faut-il arrêter d’en boire ?

Les données disponibles ne permettent pas de présenter une tasse occasionnelle de matcha comme dangereuse. Elles invitent en revanche à davantage de mesure lorsqu’il devient un rituel quotidien, a fortiori lorsque plusieurs grammes de poudre sont consommés chaque jour ou que le matcha se retrouve à la fois dans les boissons, desserts et autres produits alimentaires.

Varier ses boissons reste probablement la précaution la plus simple en attendant davantage de données et, éventuellement, un meilleur encadrement des teneurs.

Car le principal enseignement de cette affaire dépasse finalement le matcha : l’image santé d’un aliment ne le dispense pas des mêmes questions que les autres sur les doses, les contaminants et la fréquence de consommation.

Le matcha conserve ses qualités. Il perd simplement un peu de son auréole d’aliment parfait.

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