De retour sur le lac Léman les 19 et 20 septembre, le championnat SailGP a offert une nouvelle finale à l’équipe suisse menée par Sébastien Schneiter. Mais dans des conditions légères et instables, les F50 ont surtout rappelé une évidence : malgré leurs foils, leurs capteurs et leur capacité à dépasser les 100 km/h, ces machines restent tributaires du vent et de la faculté des équipages à le lire.

Habituellement associés aux grandes baies et aux façades maritimes, les catamarans volants de SailGP ont retrouvé, le temps d’un week-end, un terrain de jeu singulier. Sur le lac Léman, entourée par les reliefs alpins et observée depuis les rives genevoises, la flotte a dû composer avec un vent léger, changeant et parfois difficile à anticiper.
Dans ces conditions, le spectacle ne repose plus seulement sur la vitesse pure. Le décollage des bateaux, la conservation du vol sur les foils et le choix du meilleur côté du plan d’eau deviennent autant d’équations à résoudre presque instantanément.
Pour l’équipe suisse Explora Journeys SailGP, cette escale avait une dimension particulière. Piloté par le Genevois Sébastien Schneiter, son F50 évoluait devant son public et dans la ville où Explora Journeys, devenue partenaire titre de l’équipe en 2026, possède son siège.
Une première journée sans véritable dominateur
La première journée a illustré la complexité du plan d’eau. Les cinq courses disputées ont produit cinq vainqueurs différents, signe que les écarts de performance se jouaient moins sur la vitesse maximale des bateaux que sur l’observation du vent, le placement et la précision des manœuvres.
Les risées étaient parfois rares et les vents sont descendus jusqu’à environ 5 km/h. Dans ces conditions, certains équipages ont pu trouver suffisamment de pression pour faire accélérer leur bateau, tandis que d’autres restaient posés sur leurs coques quelques dizaines de mètres plus loin.
La Suisse a néanmoins décroché sa première victoire à domicile lors de cette journée d’ouverture et conservé ses chances de participer à la finale. Une performance significative, mais qui ne garantissait rien dans un format où une mauvaise trajectoire ou une perte de vol peut rapidement coûter plusieurs places.

Le dimanche, l’équipage de Sébastien Schneiter a remporté deux courses de groupe devant son public et décroché son billet pour la finale à quatre. Il y retrouvait l’Espagne, l’Australie et ROCKWOOL Racing, l’équipe danoise menée par Nicolai Sehested.
Une finale remportée par l’Espagne
La victoire est finalement revenue à Los Gallos, l’équipe espagnole pilotée par Diego Botín. Les Espagnols ont devancé les Bonds Flying Roos australiens de Tom Slingsby, tandis que ROCKWOOL Racing complétait le podium.
Distancé dès le début de la course décisive, l’équipage suisse n’est pas parvenu à revenir sur ses adversaires et a terminé quatrième. Un résultat moins favorable que ne le laisse entendre la formule de « solide performance » employée dans la communication entourant l’événement, mais qui ne doit pas masquer sa capacité à atteindre une troisième finale au cours de la saison 2026.
Cette victoire permet également à Los Gallos de rejoindre l’Australie parmi les équipes assurées de participer à la grande finale du championnat, prévue en novembre à Abu Dhabi.
Le F50, un concentré de technologie qui ne navigue pas tout seul
Les équipes de SailGP utilisent des catamarans F50 standardisés, développés à partir des AC50 employés lors de la Coupe de l’America 2017. Longs de 50 pieds, soit environ 15,24 mètres, ils peuvent s’élever au-dessus de l’eau grâce à leurs foils.

Le principe consiste à réduire fortement la surface des coques en contact avec l’eau. Lorsque la vitesse augmente, les appendices immergés produisent une portance suffisante pour soulever le bateau. La traînée diminue alors considérablement et le F50 accélère.
Ces catamarans peuvent désormais dépasser les 100 km/h. Le record officiel de vitesse en course a été porté à 107,63 km/h par l’équipe française en août 2026, lors du Grand Prix de Sassnitz, en Allemagne. ROCKWOOL Racing avait également atteint 106,79 km/h et l’équipe espagnole 106,55 km/h au cours de cette même journée.
Ces performances illustrent le potentiel de la plateforme, mais ne correspondent évidemment pas aux vitesses observées à Genève, où le manque de vent a imposé une navigation beaucoup plus tactique.
Chaque F50 peut recevoir plusieurs configurations d’aile et d’appendices en fonction des conditions. Dans les petits airs, une aile de plus grande surface permet de capter davantage d’énergie. Encore faut-il parvenir à provoquer le décollage, puis à conserver suffisamment de vitesse pour maintenir le bateau sur ses foils.
Six marins et une coordination millimétrée
Six marins occupent les fonctions essentielles à bord : le pilote, le contrôleur de vol, le régleur d’aile, le stratège et deux grinders chargés de produire l’énergie nécessaire au fonctionnement de certains systèmes.
Le pilote décide de la trajectoire et dirige le bateau. Le régleur contrôle l’aile rigide, tandis que le contrôleur de vol ajuste notamment le comportement des appendices pour maintenir l’assiette du F50. Le stratège observe le plan d’eau, les adversaires et les variations du vent. Les grinders fournissent quant à eux un effort physique considérable pour alimenter les systèmes hydrauliques utilisés pendant les manœuvres.
Derrière l’apparente simplicité d’un catamaran lancé à pleine vitesse se cache donc une coordination extrêmement précise. Une décision tardive ou un réglage imparfait peut provoquer une perte de vol, faire retomber les coques sur l’eau et coûter plusieurs centaines de mètres.
Les équipages disposent également d’une quantité considérable de données. SailGP indiquait en 2025 que chaque F50 embarquait 125 capteurs capables de traiter plus de 35 000 points de données par seconde.
Ces informations permettent aux équipes d’analyser le comportement du bateau, de comparer les réglages et d’améliorer leurs performances. Elles ne suppriment toutefois ni l’incertitude ni la nécessité de lire le plan d’eau. Elles expliquent ce qui se passe à bord, mais ne permettent pas toujours de prévoir où apparaîtra la prochaine risée.
Sur un lac soumis aux effets du relief, cette nuance devient particulièrement visible.
Le lac Léman, un terrain moins rapide mais très technique
Une course disputée dans un vent faible peut sembler moins impressionnante qu’une régate où les F50 dépassent régulièrement les 80 ou 90 km/h. Les périodes de vol sont plus courtes et le spectacle paraît parfois moins spectaculaire depuis la rive.
Pourtant, ces conditions révèlent une autre facette du SailGP. Les équipages doivent accélérer avec peu d’énergie disponible, limiter les pertes lors des virements et des empannages et anticiper des variations locales de vent particulièrement difficiles à lire.
La technologie ne gomme donc pas les fondamentaux de la voile. Elle les amplifie. Une mauvaise manœuvre ne fait pas seulement perdre quelques mètres : elle peut provoquer une retombée brutale des coques et obliger l’équipage à reconstruire toute sa vitesse.
Genève offre ainsi un contraste intéressant avec l’image habituellement véhiculée par SailGP. Le championnat se présente volontiers comme une Formule 1 des mers, fondée sur les records, la donnée et le spectacle. Le lac Léman rappelle que ces bateaux ultramodernes restent des voiliers et que leur moteur demeure une masse d’air invisible, irrégulière et impossible à contrôler.
Un partenariat particulièrement visible à domicile
L’escale genevoise constituait également une importante opération de visibilité pour Explora Journeys. Le F50, les tenues de l’équipage et plusieurs événements organisés autour de la compétition reprenaient l’identité de la marque.
Le rapprochement repose sur des valeurs communes revendiquées par les deux partenaires : précision, innovation, travail collectif et rapport à l’eau. Il illustre aussi l’évolution économique de SailGP, dont les équipes deviennent des plateformes internationales de communication pour des entreprises issues du luxe, du tourisme, de la finance ou des technologies.
Le week-end s’est ainsi achevé par un événement privé à la Société Nautique de Genève, réunissant partenaires, médias et invités autour de l’équipe suisse. Une manière de prolonger le partenariat au-delà du parcours de course et d’associer l’expérience proposée par Explora Journeys à l’univers spectaculaire du SailGP.
Cette présence commerciale très visible ne doit toutefois pas faire oublier la dimension sportive de l’événement. La Suisse n’a pas gagné à Genève et le récit du « retour à la maison » relève en partie de la communication construite autour du partenariat.

Sur l’eau, l’équipe a néanmoins obtenu un résultat notable : trois victoires de groupe au cours du week-end, une place dans la finale et une exposition importante devant son public.
À Genève, la précision n’a pas suffi
Le week-end suisse résume finalement toute l’ambivalence du SailGP. La compétition repose sur des bateaux standardisés, une ingénierie sophistiquée et une masse considérable de données. Mais elle peut encore basculer sur une variation du vent, une trajectoire mieux choisie ou quelques secondes perdues au moment de faire voler le bateau.
L’équipe suisse a montré qu’elle pouvait atteindre une finale face aux meilleures formations du championnat, sans parvenir à convertir cette qualification en podium. L’Espagne, plus efficace dans la course décisive, repart de Genève avec la victoire et son billet pour la grande finale.
Pour Explora Journeys, l’opération à domicile aura incontestablement offert une forte visibilité au partenariat. Pour les amateurs de voile, l’enseignement est plus intéressant encore : même bardé de capteurs et lancé sur des foils, un bateau ne domine jamais totalement son environnement.
