Créé à l’occasion du cinquantième congrès de l’European Underwater and Baromedical Society, le prix Albert A. Bühlmann a été décerné pour la première fois au spécialiste français de la décompression Jean-Pierre Imbert. Une distinction qui relie l’héritage des modèles Bühlmann aux recherches actuelles, tout en servant de vitrine à une montre mécanique fondée sur ses tables.

Le nom de Bühlmann est familier aux plongeurs, même lorsque son histoire l’est moins. Les modèles développés par le médecin suisse Albert A. Bühlmann ont largement contribué à la conception des tables et des algorithmes employés par de nombreux ordinateurs de plongée contemporains.
En septembre 2026, son héritage a pris une forme nouvelle lors du cinquantième congrès scientifique de l’European Underwater and Baromedical Society, organisé à Genève. Le premier prix Albert A. Bühlmann y a été remis à Jean-Pierre Imbert, spécialiste français de la plongée profonde et de la décompression.
Une distinction consacrée aux recherches sur la plongée
Fondée en 1971, l’EUBS réunit des médecins, des chercheurs et des professionnels travaillant sur la médecine de plongée, les environnements hyperbares et la sécurité des opérations subaquatiques. Son cinquantième congrès a rassemblé 366 participants représentant 51 ou 52 pays, selon le décompte encore provisoire communiqué par l’organisation.
Le prix créé pour cette édition devait récompenser la présentation scientifique répondant le mieux à trois critères : la qualité des travaux, leur originalité et leur contribution à la médecine de plongée ou à la médecine hyperbare.
Le jury réunissait la présidente de l’EUBS, le président du congrès et de son comité scientifique, le fondateur de DAN Europe, Thomas Bühlmann (fils d’Albert A. Bühlmann) ainsi que le dirigeant de Bühlmann Watches.
Cette composition révèle la nature hybride de la distinction. Il s’agit bien d’un prix attribué dans le cadre d’un congrès scientifique, mais celui-ci repose aussi sur un partenariat avec une marque horlogère directement fondée sur l’héritage dont il porte le nom. Il convient donc de le présenter comme une initiative commune entre l’EUBS et Bühlmann Watches, et non comme une récompense décernée par la seule société savante.
Jean-Pierre Imbert, de la Comex aux recherches contemporaines
Le choix de Jean-Pierre Imbert s’inscrit néanmoins avec cohérence dans l’histoire de la décompression. Il a travaillé pendant dix-neuf ans pour la Comex, où il a notamment exercé des responsabilités dans les méthodes et la sécurité des plongées. Son parcours porte ainsi sur un domaine dans lequel la théorie doit constamment composer avec les contraintes opérationnelles de la plongée profonde.
Il continue par ailleurs de contribuer à la littérature scientifique et, en 2024, a notamment cosigné une revue consacrée aux procédures de décompression en plongée commerciale à saturation. L’article soulignait que les protocoles actuels dérivent d’un nombre limité de modèles historiques, ensuite adaptés empiriquement par les entreprises en fonction de leur expérience.
Cette observation rappelle une réalité parfois masquée par la précision apparente des ordinateurs : un modèle de décompression ne prédit pas avec certitude ce qui se produit dans chaque organisme. Il fournit une estimation du risque à partir d’hypothèses mathématiques et de données expérimentales.
Les travaux d’Albert A. Bühlmann ont permis de mieux décrire l’absorption et l’élimination des gaz inertes par différents compartiments théoriques du corps. Leur déclinaison la plus connue, la famille ZH-L16, demeure largement employée. Cela ne signifie pas que la recherche soit achevée : l’âge, l’état de santé, l’effort, le froid ou encore l’hydratation peuvent être associés à des variations individuelles que les modèles universels ne reproduisent qu’imparfaitement.
Une montre mécanique construite autour de 17 profils
La récompense remise à Jean-Pierre Imbert comprenait une Bühlmann Decompression 02 spécialement gravée pour l’EUBS50. Cette montre transpose une sélection de tables de décompression dans un dispositif entièrement mécanique.

Le plongeur choisit, à l’aide d’une couronne, l’un des 17 profils proposés pour des plongées à l’air, avec une seule bouteille, jusqu’à 39 mètres et à une altitude comprise entre 0 et 700 mètres. La montre affiche alors les paliers associés au couple formé par la profondeur maximale et le temps au fond. Deux lunettes permettent ensuite de suivre séparément la durée totale de la plongée et celle des paliers.
Ce fonctionnement constitue une véritable particularité horlogère, mais il impose de bien distinguer la montre d’un ordinateur de plongée. Dépourvue de capteur de profondeur, elle ne détecte ni la profondeur réellement atteinte ni les variations du profil. Le plongeur sélectionne lui-même le scénario prévu et suit manuellement les durées à l’aide des aiguilles et des lunettes. La montre ne recalcule donc pas la décompression en fonction du parcours effectivement réalisé.
Elle peut ainsi constituer une aide analogique pour un plongeur formé qui évolue dans les profils prévus par le dispositif, mais ne remplace ni la planification ni un ordinateur capable d’enregistrer la plongée réelle. Son indicateur « fly/no-fly » doit être envisagé avec la même prudence : il traduit le modèle intégré à la montre, sans pouvoir tenir compte d’un écart de profil, de plongées successives non renseignées ou de la situation personnelle du plongeur.
Un instrument scientifique autant qu’un objet de collection
La Decompression 02 affiche des proportions inhabituelles, avec un boîtier en acier de 48,5 millimètres, étanche à 575 mètres et équipé d’un mouvement automatique Sellita SW300. Sa première édition à cadran bleu est limitée à 575 exemplaires et proposée au prix de 3 990 francs suisses. Les livraisons sont annoncées à partir d’octobre 2026.
Une partie de chaque vente doit être reversée au fonds de recherche médicale de DAN. Le montant ou la proportion concernés ne sont cependant pas précisés par la marque.
À ce tarif et dans cette configuration, la Decompression 02 s’adresse manifestement davantage aux collectionneurs et aux plongeurs sensibles à l’histoire de la décompression qu’à ceux qui cherchent leur premier instrument de sécurité. Son intérêt tient moins à sa capacité à concurrencer un ordinateur moderne qu’à la manière dont elle matérialise un raisonnement scientifique : sélectionner un profil, consulter les paliers correspondants et suivre le temps sans électronique.
La création du prix Albert A. Bühlmann prolonge cette démarche sur le terrain scientifique. La remise de sa première édition à Jean-Pierre Imbert ne célèbre pas seulement un héritage historique : elle rappelle que les modèles de décompression restent des outils perfectibles, nourris par des décennies d’expérimentations, d’observations et de révisions. Si la montre en propose bien une traduction mécanique, la recherche, elle, doit continuer à en éprouver les limites.
