La championne olympique de kayak cross Noémie Fox et le navigateur Maxime Sorel participeront à un raid tenu secret dans les Montagnes du Jura. Habitués à évoluer sur l’eau, ils devront cette fois transposer leurs capacités d’adaptation, de décision et de gestion de l’effort dans un environnement largement inconnu.
Noémie Fox et Maxime Sorel pratiquent deux sports liés à l’eau, mais leurs expériences de la performance semblent presque opposées. La première évolue dans l’intensité et l’imprévisibilité du kayak cross ; le second dans l’endurance, l’isolement et l’anticipation propres à la course au large.
Ils participeront ensemble à AYAQ Odyssée 46, un raid aventure organisé dans un lieu tenu secret des Montagnes du Jura. Réunis avec l’ancienne handballeuse Allison Pineau et le spécialiste du VTT extrême Kilian Bron, ils devront affronter pendant près de deux jours une succession de défis dont le contenu ne sera révélé qu’au dernier moment.
Au-delà de son casting, le projet présente surtout l’intérêt d’observer comment deux sportifs de l’eau réagissent lorsqu’ils sont éloignés de leur discipline et privés de leurs repères habituels.

Noémie Fox, l’art de décider dans le chaos
Noémie Fox a remporté à Paris 2024 le premier titre olympique féminin de l’histoire du kayak cross. Cette discipline, alors nouvelle au programme des Jeux, oppose simultanément quatre concurrentes sur un parcours d’eau vive comportant des portes en descente et en remontée.
Contrairement au slalom traditionnel, les kayakistes ne courent pas seules contre le chronomètre. Les embarcations se croisent, les trajectoires se ferment et les contacts font partie de l’épreuve. Une ligne qui semblait idéale au départ peut devenir impraticable quelques secondes plus tard.
La victoire de Noémie Fox à Paris a donc reposé sur davantage que ses seules qualités physiques. Elle a nécessité une lecture immédiate du courant, des adversaires et des espaces disponibles. Cette capacité à prendre rapidement une décision imparfaite dans un environnement instable pourrait se révéler précieuse dans le Jura, notamment si certaines épreuves comportent une dimension aquatique.
La présence, parmi les partenaires du raid, de la marque française de packraft JAWS laisse en effet envisager une alternance entre progression terrestre et navigation sur l’eau, même si le détail du parcours n’a pas encore été communiqué.
Maxime Sorel, de la décision solitaire au collectif
Maxime Sorel connaît une autre forme d’incertitude. Dixième du Vendée Globe 2020-2021, il a passé plus de 80 jours seul en mer pour accomplir son premier tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance.

La course au large exige de gérer simultanément la trajectoire, la météo, l’état du bateau, le sommeil, l’alimentation et la fatigue. Les décisions ne sont pas toujours urgentes au sens où elles le sont en kayak cross, mais leurs conséquences peuvent se prolonger pendant plusieurs jours.
Le navigateur possède également une expérience de la montagne. En 2023, il a atteint le sommet de l’Everest dans le cadre de son projet « Mon double Everest », conçu pour rapprocher l’ascension du plus haut sommet du monde de celle du « sommet des mers » que représente, dans son récit, le Vendée Globe.
AYAQ Odyssée 46 ne constituera donc pas sa première incursion loin de l’océan. Le changement le plus significatif sera probablement ailleurs : habitué à décider seul en course, Maxime Sorel devra inscrire ses choix dans le fonctionnement permanent d’une équipe.
À quelques semaines de la Route du Rhum 2026, l’exercice pourrait offrir un contrepoint intéressant à sa préparation. Le raid ne reproduira évidemment ni les contraintes techniques ni la durée d’une transatlantique, mais il sollicitera des aptitudes utiles au large : conserver sa lucidité sous fatigue, hiérarchiser les problèmes et s’adapter lorsqu’un plan devient inapplicable.
Deux temporalités de l’effort
La rencontre entre Noémie Fox et Maxime Sorel oppose finalement deux temporalités.
En kayak cross, l’analyse et l’action se confondent presque. Il faut comprendre une situation et y répondre en quelques secondes. En course au large, la décision s’inscrit davantage dans la durée : le marin doit distinguer l’urgence réelle d’un problème qui peut attendre, sans perdre de vue les conséquences de chaque choix.
Le raid jurassien permettra de voir ce que ces deux formes d’intelligence sportive peuvent apporter à un même collectif. Noémie Fox pourrait favoriser la réactivité lorsque le terrain impose une réponse immédiate. Maxime Sorel pourrait contribuer à la gestion de l’effort, au recul stratégique et à l’organisation du groupe dans la durée.
Il reste toutefois impossible d’évaluer précisément la difficulté de l’événement : les distances, le dénivelé et la nature des épreuves n’ont pas encore été dévoilés. AYAQ Odyssée 46 fera par ailleurs l’objet d’un programme de 70 minutes produit par Radiance, ce qui lui confère aussi une dimension de divertissement sportif.
Pour la rédaction de Plein Souffle, son intérêt dépendra donc moins du prestige de son casting que de sa capacité à montrer concrètement comment des compétences forgées sur l’eau peuvent se transformer lorsqu’elles sont déplacées en montagne.
