Présenté du 14 au 19 septembre 2026 au Théâtre de la Cité internationale, Ocean Cage s’inspire des traditions du village indonésien de Lamalera. Entre danse, vidéo, musique et installation, le spectacle interroge sans réponse facile la coexistence entre les humains et le monde marin.

À Lamalera, sur l’île de Lembata, la chasse traditionnelle à la baleine ne constitue pas seulement un moyen de subsistance. Elle s’inscrit dans une organisation sociale et spirituelle ancienne, au sein de laquelle l’apparition de l’animal est notamment associée aux ancêtres.
L’artiste visuel chinois Tianzhuo Chen et le danseur indonésien Siko Setyanto ont puisé dans cet univers pour créer Ocean Cage, performance présentée à Paris dans le cadre du Festival d’Automne.
Une expérience plus sensorielle que documentaire
Pendant près de deux heures, le public est invité à se déplacer au milieu des projections et des installations. La danse rencontre les images numériques, la musique traditionnelle se mêle aux pulsations électroniques et l’odeur du poisson cuisiné pendant la représentation complète l’immersion.
Au centre de ce dispositif, Siko Setyanto incarne successivement des figures humaines, animales, spirituelles et divines. Son corps devient le point de rencontre entre les gestes transmis par les pêcheurs, la nécessité de se nourrir et la présence d’un écosystème fragilisé.
La principale force d’Ocean Cage réside dans cette capacité à rendre physique un sujet complexe. L’océan n’y apparaît pas comme un paysage contemplatif, mais comme un espace habité, nourricier et dangereux, dont les humains dépendent directement.
Une position écologique volontairement inconfortable
Le choix de Lamalera empêche toute lecture trop simple. Cette chasse artisanale ne peut être assimilée à l’industrie baleinière qui a décimé des populations entières de cétacés. Elle ne doit pas pour autant échapper à toute interrogation sur ses conséquences pour les animaux et les écosystèmes.
Le spectacle refuse justement de trancher. Il ne distribue pas les rôles entre une communauté humaine coupable et une nature innocente. Il montre plutôt un système d’interdépendance dans lequel se mêlent alimentation, croyances, économie locale et transmission culturelle.
Cette ambiguïté constitue son principal intérêt. Elle oblige notamment à comparer notre réaction face à une chasse traditionnelle visible avec notre relative indifférence devant les dommages beaucoup plus massifs, mais lointains, de la pêche industrielle.
Une esthétique puissante, au risque de l’exotisme
L’accumulation de projections, de costumes, de symboles et de séquences proches de la transe donne au spectacle sa force visuelle. Elle comporte aussi une limite : Lamalera peut parfois sembler transformé en décor mythologique, tandis que la réalité économique et la parole de ses habitants passent au second plan.
Ocean Cage reste néanmoins une proposition singulière. Plus sensoriel que pédagogique, le spectacle ne démontre rien et ne livre aucune solution. Il pose plutôt une question essentielle : comment protéger le vivant sans ignorer les communautés qui en dépendent ?
