Les nouvelles références françaises du PSC et du PSE modifient la prise en charge de l’arrêt cardiaque chez l’enfant et le nourrisson : la réanimation commence désormais par les compressions thoraciques, sans les cinq insufflations qui les précédaient jusqu’alors. Ce changement ne concerne cependant pas toutes les formations et repose sur des preuves scientifiques encore limitées.

Chez l’enfant, l’arrêt cardiaque est plus souvent d’origine respiratoire que chez l’adulte. C’est pour cette raison que les secouristes français apprenaient jusqu’à présent à commencer la réanimation par cinq insufflations, afin d’apporter rapidement de l’oxygène avant d’entreprendre les compressions thoraciques.
Or, les références techniques nationales publiées en juillet 2026 par la DGSCGC (Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises) modifient cette séquence. Dans les formations Premiers secours citoyen (PSC) et Premiers secours en équipe (PSE), la réanimation de l’enfant et du nourrisson débute désormais directement par 15 compressions thoraciques, suivies de deux insufflations.
Les insufflations ne disparaissent pas de la réanimation
Attention cependant, le changement porte uniquement sur l’ordre des premiers gestes. Une fois la réanimation commencée, les insufflations restent intégrées à chaque cycle, selon un ratio de 15 compressions pour deux insufflations chez l’enfant et le nourrisson.
Cette précision est importante : la nouvelle conduite ne transforme pas la réanimation pédiatrique en massage cardiaque continu. La ventilation y conserve une place essentielle, notamment parce que (comme évoqué précédemment) l’arrêt cardiaque de l’enfant survient fréquemment après une détresse respiratoire, une obstruction des voies aériennes ou une noyade.
Le référentiel prévoit néanmoins que, si les insufflations ne peuvent être réalisées, le secouriste pratique des compressions thoraciques en continu, à une fréquence comprise entre 100 et 120 battements par minute. Le défibrillateur doit également être installé dès qu’il est disponible, sans interrompre inutilement la réanimation.
Mais alors pourquoi commencer par les compressions ?
Commencer par le massage permet, selon les partisans de cette façon de faire, de réduire le délai avant les premières compressions et donc le « no-flow », c’est à dire le temps durant lequel aucune circulation artificielle n’est assurée.
Lors d’un arrêt cardiaque, chaque interruption du massage entraîne une chute de la pression sanguine produite artificiellement. Plusieurs compressions sont ensuite nécessaires pour la rétablir, et c’est pourquoi il est essentiel de commencer rapidement et de limiter les pauses.

Pour autant, commencer par les compressions retarde nécessairement les premières insufflations, et donc la réoxygénation partielle. Toute la difficulté consiste donc à déterminer quel geste doit être entrepris en premier chez une victime dont l’arrêt cardiaque est souvent précédé d’un manque d’oxygène.
Malheureusement, les données scientifiques ne permettent pas de trancher clairement cette question.
Des preuves insuffisantes pour désigner une meilleure séquence
En 2025, l’International Liaison Committee on Resuscitation, ou ILCOR, a examiné les données disponibles sur l’ordre des premiers gestes. Sa conclusion est prudente : les preuves sont insuffisantes pour déterminer si la réanimation pédiatrique doit commencer par la ventilation ou par les compressions.
L’organisme considère donc comme acceptables les deux séquences : l’approche dite « ABC », dans laquelle les insufflations précèdent le massage, et l’approche « CAB », qui commence par les compressions. Il rappelle surtout que la ventilation et les compressions sont toutes deux indispensables à une réanimation pédiatrique optimale.
Les études disponibles reposent principalement sur des simulations réalisées avec des mannequins. Elles montrent logiquement qu’une séquence commençant par le massage réduit le délai avant les premières compressions, tandis que les cinq insufflations initiales permettent de ventiler davantage pendant la première minute. Leur niveau de preuve reste cependant très faible et elles ne permettent pas de comparer les effets de ces deux stratégies sur la survie réelle des enfants.
L’ERC conserve les cinq insufflations initiales
Face à cette incertitude, toutes les organisations n’ont pas fait le même choix. Les recommandations 2025 de l’European Resuscitation Council maintiennent les cinq insufflations initiales chez l’enfant. Pour les personnes spécifiquement formées à la réanimation pédiatrique, elles prévoient ensuite des cycles de 15 compressions et deux insufflations.
Le 23 septembre 2026, la Société française de médecine d’urgence et l’Association nationale des centres d’enseignement des soins d’urgence ont également défendu le maintien de ces cinq insufflations dans les formations aux gestes et soins d’urgence, ou AFGSU.
Les deux organisations estiment qu’aucune donnée récente suffisamment solide ne justifie leur suppression dans une formation destinée principalement aux professionnels de santé. Elles souhaitent également conserver un enseignement conforme aux recommandations européennes.
Deux conduites coexistent désormais en France

La France applique donc deux séquences différentes selon la formation suivie :
- en PSC et en PSE, la réanimation de l’enfant et du nourrisson commence par 15 compressions thoraciques, suivies de deux insufflations ;
- en AFGSU, la SFMU et l’ANCESU préconisent de conserver les cinq insufflations initiales avant les compressions.
Cette divergence tient en partie aux publics concernés. Le PSC s’adresse aux citoyens, le PSE aux secouristes et l’AFGSU principalement aux professionnels exerçant dans les établissements sanitaires ou médico-sociaux. Leur niveau de formation, leur pratique et le matériel dont ils disposent ne sont pas nécessairement identiques.
Elle révèle surtout qu’aucune séquence n’a, à ce jour, démontré une supériorité nette. La réforme française constitue donc un choix pédagogique et opérationnel effectué à partir de données incertaines, et non la conséquence de nouvelles preuves établissant l’inutilité des cinq insufflations.
Dans l’urgence, le secouriste n’a toutefois pas à arbitrer lui-même ce débat. Il doit appliquer la conduite enseignée au cours de sa formation la plus récente et suivre les instructions données par les services de secours.
Pour une personne non formée, la priorité reste d’appeler immédiatement le 15, le 18 ou le 112, d’activer le haut-parleur et de suivre les indications de l’opérateur. Quelle que soit la séquence retenue, commencer une réanimation sans attendre reste préférable à l’inaction.
