Avec SR-3C, Cuure lance un complément sans mélatonine réunissant dans un seul comprimé trois actifs censés intervenir successivement au cours de la nuit. Une proposition originale pour les sportifs, plongeurs et pratiquants de plein air, chez qui le sommeil participe directement à la récupération et à la vigilance. Les ingrédients sont documentés, mais l’efficacité de leur association et de la chrono-libération reste encore à démontrer.
On le sait aujourd’hui, le sujet du sommeil dépasse largement le confort. Une méta-analyse publiée en 2024 conclut que la privation aiguë de sommeil altère globalement les performances sportives, avec un effet particulièrement marqué lorsqu’une partie seulement de la nuit est supprimée. Dans une activité comme la plongée, qui exige attention, mémorisation des procédures et prise de décision dans un environnement inhabituel, arriver reposé relève aussi de la sécurité.
C’est sur ce terrain que Cuure positionne SR-3C, commercialisé à partir du 28 septembre 2026. Vendu 49,90 euros pour trente jours, le complément se présente sous la forme d’un comprimé à prendre chaque soir. Celui-ci associe trois actifs principaux, avec une libération conçue pour se dérouler en plusieurs étapes : faciliter l’endormissement, limiter les réveils et accompagner la fin de nuit.
L’idée est séduisante. Reste à distinguer ce qui repose sur des études publiées, ce qui provient de travaux encore peu accessibles et ce que la formule complète doit toujours prouver.
Un comprimé, trois temps de libération

SR-3C réunit d’abord 100 mg de Vanízem, un extrait de graines de paradis, associé à 10 mg de L-ergothionéine. Cette première partie doit être libérée dès le coucher et agir sur l’endormissement, le stress et la récupération.
Le deuxième actif est PeptiSleep, un hydrolysat de peptides issus du riz brun, dosé à 250 mg. Sa libération est programmée environ trois heures après la prise afin de cibler le maintien du sommeil et la remontée du cortisol qui intervient progressivement en seconde partie de nuit.
Enfin, 30 mg de Safr’Inside, un extrait standardisé de safran, accompagné de vitamine B2, doivent être diffusés de façon prolongée. L’objectif annoncé est de soutenir l’apaisement et la qualité du sommeil jusqu’au réveil.
Cette logique se démarque des compléments classiques, dont les composants sont généralement libérés ensemble après ingestion. Elle répond également à une réalité physiologique : une nuit n’est pas un bloc uniforme, mais une succession de cycles durant lesquels alternent sommeil léger, sommeil profond et sommeil paradoxal.
Cela ne suffit toutefois pas à prouver que chaque ingrédient sera effectivement libéré au moment annoncé, ni que ce séquençage améliorera davantage le sommeil qu’une prise conventionnelle. Cuure indique avoir consacré 24 mois au développement de cette cinétique, mais ne publie pas, à ce stade, d’étude pharmacocinétique indépendante détaillant la libération du comprimé dans l’organisme.
La chrono-libération constitue donc la principale originalité de SR-3C, mais aussi la partie de sa promesse pour laquelle les données publiques sont les plus limitées.
Vanízem : des résultats rapides, mais une étude encore exploratoire
Parmi les recherches mises en avant, l’étude la plus récente concerne Vanízem, un extrait d’Aframomum melegueta, aussi appelé maniguette ou graines de paradis.
L’essai, publié en 2025 dans la revue Pharmaceuticals, était randomisé, mené en double aveugle et contrôlé par placebo. Il évaluait plusieurs dosages (50, 100 et 150 mg) chez des adultes présentant une anxiété modérée. Après 48 heures, les chercheurs ont observé une amélioration de certains indicateurs liés à l’anxiété, à l’humeur et au sommeil. La dose de 100 mg correspond à celle retenue par Cuure.
Les résultats sont encourageants, notamment parce qu’ils apparaissent rapidement et que l’essai comporte un placebo. Leur portée demeure néanmoins limitée : il s’agit d’une étude pilote croisée, avec seulement 30 participants ayant terminé l’ensemble du protocole et trois jours de prise par période expérimentale. Les effets sur le sommeil reposaient principalement sur des questionnaires plutôt que sur une polysomnographie réalisée en laboratoire.

Les pourcentages spectaculaires avancés par la marque (jusqu’à 31 % de réduction du temps d’endormissement et 37 % d’amélioration de la qualité du sommeil) ne doivent donc pas être interprétés comme une garantie individuelle. Une variation relative importante peut correspondre à un changement plus modeste en minutes ou en points sur une échelle d’évaluation.
Vanízem possède ainsi un premier signal clinique intéressant, mais pas encore le niveau de preuve d’un actif étudié sur plusieurs centaines de personnes pendant plusieurs mois.
PeptiSleep : l’actif le plus prometteur, mais aussi le moins documenté publiquement
PeptiSleep est probablement l’élément le plus innovant de la formule. Développé à partir de peptides de riz brun, il est présenté comme capable d’améliorer le sommeil profond, le sommeil paradoxal, la durée totale de sommeil et la variabilité de la fréquence cardiaque.

Le dosage de 250 mg choisi par Cuure correspond à celui étudié par le fabricant de l’ingrédient. Un essai randomisé et contrôlé par placebo a bien été enregistré sous le numéro NCT06267586. Le fabricant annonce notamment des gains sur la durée totale de sommeil, les phases profondes et paradoxales, ainsi que sur plusieurs dimensions du questionnaire de Leeds.
Le problème tient à l’accessibilité des résultats. Les chiffres circulent surtout dans les documents du fabricant et dans les communications commerciales des marques utilisant PeptiSleep. Au moment de cette vérification, nous n’avons pas trouvé de publication complète évaluée par les pairs permettant d’examiner précisément la méthodologie, la taille de l’échantillon, les analyses statistiques et les éventuels conflits d’intérêts.
Un autre essai contrôlé sur PeptiSleep a par ailleurs été enregistré en 2026, ce qui montre que les recherches se poursuivent.
Il serait donc prématuré de présenter l’augmentation annoncée de 18 % du sommeil profond ou de 32 % de la variabilité cardiaque comme définitivement établie. PeptiSleep est une piste crédible et originale, mais c’est aussi, parmi les trois actifs, celui dont les données publiques nécessitent le plus de consolidation.
Le safran dispose d’un dossier scientifique plus étoffé
Le troisième composant, Safr’Inside, repose sur une base scientifique plus fournie. Le safran a fait l’objet de plusieurs essais randomisés portant sur la qualité du sommeil, l’anxiété et les difficultés d’endormissement.
Une revue systématique publiée en 2023 a recensé six essais cliniques randomisés. La majorité rapportait une amélioration de la qualité ou de la quantité de sommeil, tout en soulignant l’hétérogénéité des populations, des dosages et des méthodes utilisées. Les auteurs appelaient à mener des essais de plus grande ampleur.

Depuis, un essai randomisé en double aveugle a évalué Safr’Inside chez 165 adultes souffrant d’insomnie modérée. Après quatre semaines, les groupes recevant 20 ou 30 mg ont présenté une amélioration de certains scores de sommeil par rapport au placebo. Un autre essai pilote mené chez 52 adultes âgés de 55 à 85 ans a également rapporté des améliorations subjectives et objectives après quatre semaines à 30 mg.
Ces travaux sont plus convaincants que de simples tests consommateurs, mais ils restent relativement courts. Certains chercheurs ont en outre reçu un financement du fabricant de Safr’Inside ou travaillaient pour celui-ci. Cela ne rend pas automatiquement les résultats invalides, mais justifie d’attendre des reproductions totalement indépendantes.
À 30 mg, SR-3C utilise néanmoins un dosage cohérent avec les essais publiés. Sur ce point, Cuure n’a pas choisi une quantité symbolique uniquement destinée à apparaître sur l’étiquette.
Les études sur le rythme circadien ne prouvent pas l’efficacité du comprimé

Cuure cite également plusieurs recherches solides sur la régularité du sommeil, le collagène, l’apparence du visage et l’évolution du sommeil profond avec l’âge.
Une étude menée auprès de 60 977 participants de la UK Biobank a effectivement observé que la régularité du sommeil prédisait mieux le risque de mortalité que sa seule durée. Il s’agissait toutefois d’une étude observationnelle : elle met en évidence une association, sans démontrer qu’un complément alimentaire puisse reproduire cet effet.
L’étude de l’Université de Manchester sur le collagène a, elle aussi, bien montré une organisation circadienne de sa synthèse et de son assemblage. Mais les expériences ont principalement été réalisées chez la souris et sur des cellules en culture. Elles ne permettent pas d’affirmer que SR-3C améliore la peau humaine ou stimule sa production de collagène.
Quant à l’expérience publiée dans le British Medical Journal, elle montrait que 23 personnes photographiées après une privation de sommeil étaient jugées plus fatiguées, moins saines et moins attirantes. Elle confirme que le manque de sommeil se voit sur le visage, pas qu’un complément produit un effet esthétique.
L’expression « Beauty Sleep » fonctionne donc comme un territoire marketing séduisant. En l’état, elle ne constitue pas une allégation d’efficacité dermatologique propre au produit.
Sans mélatonine : un véritable choix, pas une supériorité automatique
L’absence de mélatonine différencie SR-3C d’une grande partie du marché. Ce choix peut intéresser les personnes qui la tolèrent mal, qui ressentent une somnolence au réveil ou qui préfèrent éviter une supplémentation hormonale.
L’Anses a reçu plus de 200 signalements d’effets indésirables susceptibles d’être associés à la consommation de mélatonine. Elle recommande notamment aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants, aux personnes souffrant de certaines maladies inflammatoires, auto-immunes, neurologiques ou psychiatriques et à celles suivant un traitement médicamenteux de demander conseil à un professionnel de santé.
Cela ne signifie pas que la mélatonine soit inutile. Son intérêt est surtout reconnu pour les troubles liés au rythme circadien, comme le décalage horaire ou certains retards de phase. Les recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine considèrent en revanche que les preuves sont insuffisantes pour la recommander comme traitement de l’insomnie chronique chez l’adulte.
SR-3C et la mélatonine ne répondent donc pas nécessairement au même besoin. Pour un voyageur traversant plusieurs fuseaux horaires avant une croisière plongée, une mélatonine correctement dosée et prise au bon moment peut rester pertinente. Pour une personne qui s’endort mais se réveille au cours de la nuit, l’approche de Cuure paraît théoriquement plus cohérente.
Le terme « sans accoutumance » mérite également d’être manié avec prudence. Aucun des trois actifs n’est connu pour provoquer la dépendance typique de certains médicaments hypnotiques. Cependant, l’absence d’accoutumance à la formule complète n’a pas été démontrée par une étude de longue durée.
Un positionnement nettement premium
À 49,90 euros pour trente comprimés, soit environ 1,66 euro par nuit, SR-3C se situe dans le haut du marché.
À titre de comparaison, Cuure commercialise séparément son Safr’Inside à 18,90 euros pour trente jours et son complexe végétal pour le sommeil à 19,90 euros. Des compléments concurrents à base de safran ou de plantes sont généralement proposés autour de 15 à 30 euros par mois.
Le surcoût de SR-3C ne repose donc pas seulement sur la présence de safran. Il rémunère l’association de trois actifs brevetés, PeptiSleep (encore rare sur le marché français) et surtout la technologie de libération différée.
Si cette chrono-libération produit réellement un bénéfice supérieur, le tarif peut se défendre. En l’absence d’un essai clinique portant sur le comprimé final, il reste néanmoins impossible de savoir si SR-3C est plus efficace qu’une formule plus simple et deux fois moins chère.

Une option pertinente pour la récupération, pas une assurance avant de plonger
Pour les plongeurs, navigateurs et sportifs nautiques, SR-3C présente plusieurs qualités : une seule prise, aucune mélatonine, des dosages cohérents avec les études disponibles et une approche qui ne se limite pas aux premières minutes de la nuit.
Le produit ne doit toutefois pas être considéré comme une solution permettant de compenser volontairement des nuits trop courtes. Un comprimé ne remplace ni une durée suffisante de sommeil, ni des horaires réguliers, ni la prise en charge d’une apnée du sommeil, d’une insomnie chronique ou d’un autre trouble médical.
Il serait également prudent de tester le produit lors d’une soirée sans plongée, navigation exigeante ou conduite matinale avant de l’utiliser pendant un séjour sportif. Même lorsqu’une formule est présentée comme non sédative, la réponse peut varier d’une personne à l’autre. Les personnes suivant un traitement, notamment psychotrope ou antidépresseur, devraient demander conseil à leur médecin ou pharmacien.

Une formule sérieuse, mais une preuve encore incomplète
SR-3C ne ressemble pas à un simple assemblage de plantes choisies pour leur réputation traditionnelle. Les trois actifs sont identifiés, standardisés et utilisés à des dosages correspondant aux recherches disponibles. Le safran possède un dossier clinique relativement consistant, Vanízem présente des résultats préliminaires intéressants et PeptiSleep ouvre une voie originale autour des peptides de riz.
La principale réserve ne concerne donc pas tant la composition que le passage des ingrédients au produit fini. Les études citées ont évalué les actifs séparément, auprès de populations différentes et selon des protocoles qui ne reproduisent pas nécessairement l’utilisation de SR-3C. Aucune ne démontre encore que leur réunion dans un comprimé chrono-libéré produit les six améliorations chiffrées mises en avant par Cuure.
Le concept est intelligemment construit et scientifiquement plus crédible que nombre de compléments au positionnement vague. Mais à près de 50 euros par mois, il devra désormais franchir l’étape la plus importante : publier un essai indépendant, randomisé et contrôlé portant sur la formule complète. C’est à cette condition que la promesse d’accompagner toute la nuit pourra devenir autre chose qu’une hypothèse particulièrement bien formulée.
